Body combat 59

Une histoire de fous

Oui…
C’est quand même très dur d’avoir un infarctus…
Ça m’a mis hors service pendant de nombreuses semaines…
Pourtant…
Cette fois ci j’ai été particulièrement veinard…
Non, pas parce que mon incident de santé n’a eu aucune conséquence…
Mais, parce que j’ai évité le pire.
J’ai évité.
Cette tristement fameuse séance de body combat du 20 décembre…


J’étais remis de ma maladie, mais triste, triste parce que mon groupe de body combat avait été décimé par un terrible incident.
Non, je vous rassure tout de suite, rien de de mortel, mais…


J’arrivais devant cette immense bâtisse de la banlieue de Genève. L’endroit était sinistre, il devait être 19h je crois et un vent glacial balayait le parking où je venais d’arrêter mon véhicule.
Je sortis de ma voiture et lus la pancarte qui trônait sur le haut du portail.
HÔPITAL PSYCHIATRIQUE LEDINGO réservé aux aliénations graves.
Grelotant de froid, je marchai en direction de l’entrée, mes pieds crissant sous les gravillons qui tapissaient la cour.

Je me pris à lever mon regard sur cette tour sombre où trônait une pendule au cadran mal éclairé par une lumière jaunâtre.
Le vol d’une chouette qui déambulait dans les airs et son cri m’effrayèrent un peu plus et, pris de frissons je me hâtai devant l’immense porte qui couina sous mon effort.
Le hall d’entrée n’était pas folichon, avec ce grand escalier en colimaçon qui grimpait au deuxième étage, ce comptoir lugubre où sévissait une grosse dame à la tronche ronde barrée par de nombreuses rides et dont le crâne était orné d’une tignasse d’un blond effiloché qui dégoulinait dans son dos.
-Vous voulez-quoi ? me demanda-t-elle d’un ton presque agressif.
-Je viens voir des amis, si je ne me trompe pas c’est bien l’heure des visites ?
-Vous voulez voir qui ? Continua-t-elle sous le même ton.
-En fait plusieurs personnes, le groupe de body combat de l’ICC !
-Ah ces tarés, vous les connaissez ! Un mois qu’on les soigne avec peu de résultats ! Attendez, j’appelle l’infirmière en chef.
Je m’assis dans un coin m’attendant à être rejoint par une matrone du même acabit que celle qui m’avait reçu.
Il n’en fut rien.
Une magnifique jeune femme se présenta devant moi. Elle était habillée d’une petite blouse blanche largement échancrée sur une poitrine généreuse qui ne demandait qu’à s’enfuir au moindre de ses mouvements.
Une jupe extrêmement courte découvrait ses jambes au galbe parfait.
J’étais terriblement intimidé par ce physique de rêve et je ne pus que balbutier ma demande.

- Oh les grands tarés ! Me dit-elle avec un sourire qui me fit blêmir d’angoisse. Suivez-moi, vous ne pourrez pas tous les approcher car certain sont encore beaucoup trop…
Trop, malade.
Allons voir la petite ?
Elle regarda un papier où était inscrite une liste de noms.
Stan ! Oui Stan ! Celle-là est vraiment mal en point.
La beauté, tangua ses seins et ses hanches en direction d’un couloir où une enfilade de portes bien fermées laissaient passer des hurlements effrayants.

J’avais la gorge serrée à l’idée de voir Stan, la belle Stan, la femme vraiment parfaite et idéale, perdue dans la plus complète adversité.
Bien que, je dois secrètement vous avouer. Les protubérances de ma guide étaient plutôt d’un ton à me ragaillardir.
Elle s’arrêta net devant une porte, enfin quand je dis net, ce n’est pas tout à fait exacte car une partie d’elle-même, à mon plus grand plaisir, continua son levier de balance.
-Vous ne pourrez pas entrer, mais juste jeter un coup d’œil !
Je vous avertis tout de suite, ce n’est pas beau à voir...
Je posai mon regard sur l’œilleton et je fus sidéré.
A l’intérieur d’une pièce entièrement capitonnée, Stan sautait dans tous les sens, ses yeux  étaient révulsés, son visage barbouillé de traits de rouge à lèvres, les cheveux blanchis par un poudrage inadéquat. Ses dents, sa bouche baveuse, mordaient dans le vide, elle hurlait des mots incompréhensibles en se tapant la tête sur les parois rembourrées :
-Euh euh euh ! Horreur ! Vomi, vomi, vomi ! Disait-elle.
-Je vous avais averti, dit la belle, pourtant elle a reçu une bonne dose de calmant, mais rien n’y fait !
Et le voyage dans l’antre de la folie continua.
Je me trouvais maintenant devant une porte grillagée où à ma grande surprise j’aperçu Meskerem. Mais une Meskerem différente, une Meskerem énorme, plus large que haute.
Elle était dans un coin de la cage accroupie comme elle en avait l’habitude et se goinfrait de boulettes de viandes. Elle reniflait chacune d’entre elles en grommelant :
-Jètrofaimdeboulettesdecongolais !
Puis elle déféqua sans la moindre gêne au milieu de la pièce pour enfin courir vers sa paillasse et se mettre en boule pour dormir aussitôt avec ce ronflement Gouloum gouloum caractéristique :
- Grrrrpouettepouetteglouglouglouclacclacclac !
Qui n’est, en fait, que le cri de l’autruche.
Puis, ce fut le tour de la chambre de Bharam qui semble-t-il, était moins atteint que les autres.
Je pus entrer dans son antre pour lui serrer la main.
En me voyant il se mit à pleurer.
Puis sa composition reprise, il se leva de son lit.
Fébrile.
Un feuillet accroché dans les mains.

Il se plaça en face de moi et tout en tenant devant lui sa feuille tremblotante il commença :
-Zis is a terribol tinks zat arrived to us.
My the Queen envoying tou me a little word of encouraging us.
I ride it.
« My friends of the body combat. I am terrifed of what my the Barham expliking tou me. I send you my the best tinking and a lot of ze courage !
Ps : Bahram, donte give me batteri any more I ave alrèdi twenti in my ze little room.
Signède My the Queen. »

Et Mademoiselle Lapinou, la pauvre, quelle surprise !
Elle avait pris ses quartiers dans la chapelle de l’hôpital et habillée en bonne sœur elle se lavait la bouche toutes les heures avec une gorgée de « Synthol » en psalmodiant :
-Oh Seigneur, lave moi du mal dont j’étais faite.
Plus jamais ça, j’en suis certaine dans ma tête.
L’horreur, l’abomination que tu m’as présentée.
M’a fait comprendre que j’étais dans le péché…
Et Anne !
Elle avait décoré sa cellule d’une multitude de cœurs découpés dans du papier journal. Elle était agenouillée devant une immense photo de Jean-Baptiste et tout en l’embrassant sur le front elle bredouillait quelques mots :
-Dis-moi qu’elles sont différentes, s’il te plaît dis le moi…
Je passe sur le Pt’tit Rémi qui s’était fait coudre la bouche.
Marina qui avait opté pour une décoration corporelle douteuse.
La grande sauterelle qui avait changé de métier.
Pamela qui tellement affolée en s’enfuyant, dans un crawl effréné, s’était cassée les deux bras et jambes.
-Et Yakoline.

J’interrogeai la belle infirmière aux atours tumultueux.
-Elle est à la cafétéria ! me répondit-elle.
C’était vrai je la vis avec un immense plateau chargé de victuailles étranges.
-Se sont de nouveaux Nems que je viens d’inventer ! Ils vont faire un tabac en Chine ! Précisa Yakoline à la mine enjouée.
Leur aspect n’avait rien de bien appétissant. Ils étaient énormes, de forme ronde, de couleur violette et étaient loin de sentir la rose.
-Et Aïda ?
L’infirmière me répondit en riant.
Ma tête oscilla rapidement de bas en haut pour suivre ses…. Mots :
-Heureusement, elle était saoule durant cette apothéose de l’horreur, elle n’a rien vu !
Je crois d’ailleurs qu’elle est ici aujourd’hui pour rendre une petite visite à ses amis :
En effet, je la vis assise devant une table avec sa bouteille de rouge posée devant-elle.
Je m’approchai pour la saluer.
Quand !
Ses yeux s’éclairèrent de cette langueur de bonheur.
Je ne vous l’avais pas dit mais depuis qu’elle avait réalisé que j’étais le meilleur body combattant de l’Univers, bardé du meilleur danseur de tous les temps. Elle était tombée follement amoureuse de moi.
J’étais un peu gêné de ce fait.
Car notre différence d’âge avait depuis longtemps dépassée la prescription.
-Pierre, mon amour ! Me dit-elle, en tendant son bras tremblant dans ma direction.
-Oh non, Aïda ! Il faut que tu te remettes ! Je sais, que mes démonstrations sportives inégalés te subjuguent, que mes belles chaussettes sont synonymes de délices interdits, que mes kicks, mes uppercuts te font rêver.
Mais…
Je me pris soudain à m’interdire de lui envoyer cette affirmation immuable.
Celle qui détruirait à jamais chacun de ses espoirs.
Puis je me décidai soudain, il fallait que les choses soient claires.
-Je te trouve ravissante, rassure-toi.
Mais !
J’appuyais sur cette conjonction.
Je… Suis… Marié !
Je tambourinais sur chacun de ces mots.
Et…
Il me fallait insister sur cette évidence.
Comme tout homme marié, je suis extrêmement fidèle !
Alors…
La pauvrette avala trois gorgées de sa vinasse colorée.
Deux grosses larmes perlèrent de ses yeux à la Coquer.
Elle entremêla ses bras l’un dans l’autre, les posèrent sur la table pour y enfouir sa tête et y hurler sa détresse.
Je la laissais à sa désillusion. Pauvre être si fragile, si sensible.
Jamais, oh non jamais, de ma vie, je n’aurai pu penser causer un tel malheur, une telle déconvenue.
C’était décidé, dorénavant aux cours de body combat, j’aurai une gestuelle à la Manu avec les mêmes cris gutturaux, une même combinaison de ski de fond, par contre, pas trop serrée à l’endroit inopportun et transpirerai tout mon sou.  
Il faut savoir s’enlaidir pour lutter contre l’adversité.
Et Adieu coiffure à la Coluche, dorénavant j’exposerai aux vues de tous mes oreilles en feuille de choux !

-Et Manu d’ailleurs où est-il ?
-La belle infirmière eut un rire charmant qui secoua de nouveau ses atours….



Un soir, dans une petite maison de Gex située à côté du cimetière.
Vous savez celle qui, souvent, est la proie à un tapage nocturne.
Où le fond du jardin est gras !
Oui !
Je vois que vous avez situé l’endroit.
Manu était en pleine discussion avec sa douce moitié.
-Mais Lolo, il est beaucoup trop grand ce short et beaucoup trop court, je ne peux pas mettre ça pour mon cours de body combat.
-Eh !  Manu ! ta combinaison de ski de fond est toute abimée, tu dois changer ça. Et puis j’ai fait tous les magasins du Pays de Gex pour trouver ce magnifique vêtement, et je serais extrêmement fâchée et vexée si tu ne le portes pas. Et tu connais les conséquences de ma colère, qui provoquera la nuit, sans coup férir les courroux des voisins
Manu prit un air navré, déglutit par deux fois, puis lançant sa main vers le vêtement incriminé osa une remarque sur sa virilité particulièrement généreuse.
-Et bien, j’y ai pensé, tu n’as qu’à porter dessous, cette culotte bien serrée,
Elle lui montra cet ultime achat qui était bardé d’élastiques particulièrement costauds.
Manu l’essaya et bien que sa voix devînt plus fluette, il trouva cette protection tout à fait convenable.
Et la vie continua son cours comme il se devait.
Jusqu’à ce fameux soir.
Ce fameux 20 décembre.
Soir du body combat.
Où.
Particulièrement distrait.

 Manu oublia de mettre son slip…

Vive le body combat.

 


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