Chronique du body combat 5_

Chronique du body combat 58

La tranche de pizza

Vous connaissez tous, le petit Pierre, gentil, réservé, mignon,  tranquille, introverti.
Et bien.
Il y a un autre Pierre, méchant, hargneux, vulgaire, extraverti, une véritable teigne.

Ceci m’arrive quand je suis embêté par un client un peu trop tatillon qui me fait trop de remarques désobligeantes sur un travail que je viens de faire. Alors l’angoisse prend mon contrôle et projette toute mon agressivité sur mon entourage.

Et justement ce fut le cas ce mardi soir, celui du divin, celui du body combat.

J’arrivai devant la salle ou discutaillaient mes compères habituels.
Meskerem se plaignait de sa taille trop ronde qui était un handicap pour le semi-marathon qu’elle devait bientôt courir.
Par politesse, comme le veut le bon usage, tout le monde lui disait que ce n’était pas vrai, qu’elle n’était pas grosse, juste, peut-être, un ou deux kilos superflus et encore.

Alors sans la moindre gêne et avec un certain plaisir je lui dis :
-Et bien oui, t’es une grosse, j’croyais même que tu étais encore enceinte !

La pauvre Meskerem, laissa tomber l’os du tibia d’une gazelle qu’elle tenait dans sa main droite.
Ses yeux papillonnèrent de tristesse et mes camarades me regardèrent avec stupéfaction.
Alors.
J’entrepris de continuer ma hargne, en mentant sur les contours trop volumineux de Stan et de Yakoline, sans oublié et cela sans exagération sur les volumes démesurés de Mademoiselle Lapinou.

Bahram et Manu qui m’observaient horrifiés en eurent également pour leurs grades :
-Manu t’a vu tes poignées d’amour qui débordent de ta combinaison de ski de fond, c’est dégoutant, et toi Bahram t’es un gros du bide !

-Zis is not veri nice to tail me zis my the Queens diring tou mi I ame very beau man !

Et c’est particulièrement énervés et inquiets qu’ils suivirent le cours sous l’impulsion généreuse d’Aïda.

Mes amis firent tous, des efforts démesurés pour perdre leurs formes soi-disant superflues sous mon regard qui riait de ma méchanceté…

On était à la Gioconda. Il y avait Stan, Aïda,  Yacoline, Mademoiselle Lapinou, Meskerem, Bahram, Manu et moi-même.

On se fit servir une grosse pizza accompagnée d’une bouteille de vin.
Je dis une grosse pizza !
Mais quand on est huit à table, la simple tranche qui nous est due n’a rien d’un dîner apaisant.

-I will couping the trancheze like tiche mi my the queen !

Dit Bahram en prenant un gros couteau.
Il fit ce travail à la perfection en, découpant huit parts d’une parfaite égalité.

Chacun se servit et l’avala goulument.
Mais !
Il restait une tranche sur le plat central.

-C’est la mienne ! Rétorquai-je. Vous savez bien que je n’ingurgite pas de fromage, vous pouvez la manger, elle est à vous.

Un silence brutal se fit autour de la table.

Toutes les têtes oscillèrent leurs négations :
-Moi, j’n’ai plus faim !
-Beaucoup trop mangé ce soir !
-C’est bourratif les pizzas !
-Zis is my bèli completely foule !

Malgré ce genre d’affirmations qui s’enchainèrent, je m’aperçus qu’ils avaient tous, beaucoup de mal à se concentrer sur une quelconque discussion.
A de multiples reprises.
Manu augmentait le volume de ses narines pour humer les senteurs culinaires.
Stan gardait un sourire crispé.
Yakoline tapotait nerveusement la table de ses doigts.
Bahram se tortillait sans cesse sur sa chaise.
Le ventre de Mademoiselle Lapinou émettait de bruyants gargouillis.
Meskerem suçait nerveusement son os coupe faim.
Et tous tentaient tant bien que mal de détourner leurs regards de cette appétissante tranche d’où dégoulinait un fromage onctueux et qui était coiffée d’une rondelle de tomate du plus bel effet.

Bien entendu, par méchanceté, j’engageai la conversation sur un dîner d’exception que j’avais dégusté quelques jours auparavant, y allant de détails culinaires alléchants, décrivant en détail les goûts délicieux, les senteurs appétissantes, appuyant sur ce régal des papilles, ces délices gastronomiques.

Par chance, provenant des cuisines, une odeur de viande parfaitement rôtie nous encercla de ses délicates senteurs.

Ils n’en pouvaient plus !

Et moi qui avait festoyé avant de venir, je jubilais à la vue de leurs mines déconfites.
Une idée machiavélique grignota alors mon esprit.
Je quittai la table pour aller discuter avec le patron puis je revins le sourire aux lèvres.

La soirée se continua comblée de ses regards fuyant et de cette fameuse tranche qui restait là et qui semblait leur dire « Mangez-moi, je suis délicieuse ! »

Soudain, il y eut une coupure de courant qui nous baigna d’une obscurité complète.

J’entendis un hurlement, puis toutes sortes de bruits incongrus dont je ne compris pas l’exacte provenance.

Moins d’une minute plus tard la lumière revint sous mon regard amusé.

Bahram essayait de dégager sa paluche de la mâchoire de Meskerem :
-Live mi my the hand e lone, it is not a os of the Congolais !

Stan qui avait sa main accrochée à celle de Yakoline, barbouillait la tranche de pizza sur sa figure.

Aïda tétait la bouteille de vin qu’elle tenait au-dessus de sa bouche.

Mais où était Mademoiselle Lapinou ?

Un bruit sourd frappa le dessous de la table, puis je vis la bobine de notre belle amie, qui tout en se relevant se nettoyait la bouche en murmurant :
-ça faisait longtemps que j’en rêvais !

Et je ne pus que remarquer le sourire béat de notre bon Manu.

Vive le body combat !

 


WWW.VIAGEX.COM     écrivez moi : viagex@viagex.com