Body combat 59

Un merveilleux restaurant

 

La Terrible nouvelle venait de tomber sur nos portables.
Aïda, notre coach bien aimée venait de se faire une très mauvaise entorse et serait absente pour quelques semaines.
C’était la panique parmi notre groupe de fidèles.
Qu’allions nous faire ?
Alors je proposais la solution évidente. « Je suis volontaire pour la remplacer ! »

Une deuxième solution buzza sans attendre. Il y a un cours de body combat au Wilson ! »

Pour une raison trouble, peut-être ma gestuelle trop parfaite, ma tonicité inégalable, ma réputation de meilleur combattant au monde qui m’auréolait…

La deuxième solution fut choisie !

 

Ce fameux mardi soir du bonheur, je me retrouvais donc, coincé dans les embouteillages, maugréant sur cette idée funeste de suivre notre cours préféré dans une salle si éloignée de mon lieu de vie.

Après une bonne heure et demie de stress j’arrivais devant la porte d’entrée de ce fameux club et décidai d’utiliser la piscine qui s’y trouvait plutôt que de suivre ce cours que je métrisais, de toute façon, à la perfection.

En entrant dans les vestiaires, je vis trois hommes bien amochés, allongés sur le sol. « Tiens ! Me dis-je, ça me rappelle quelque chose ! »

Le plus costaud d’entre eux conforta mon intuition.
A travers sa mâchoire saignante et édentées on pouvait entendre son inconsciente litanie :
-Pardon Mfieu Mouffe, foulai pas fou manquer de refpect ! 

 

La piscine était accolée à la salle d’entrainement et je pus apercevoir, à travers un immense hublot, mes camarades sportifs qui se démenaient avec peine, bien embarrassés qu’ils étaient, par mon absence de leadeur absolu.

Je mis mes lunettes de plongée adaptée à ma myopie, remontai mon maillot de bain jusqu’à la hauteur de mon nombril et m’apprêtai à plonger quand j’entendis le groupe de dames que je venais de dépasser s’émerveiller de ma personne :
-Qu’il est beau ! Regarder cette musculature impressionnante ! Ses abdominaux si bien marquée ! Ses épaules de catcheur ! Son poitrail d’athlète !

Je souris intérieurement.

C’est vrai, chaque fois que j’enfile ce genre de tenue minimaliste, j’ai l’habitude d’entendre ce type de remarques.

C’est en me retournant pour leur envoyer mon plus joli sourire, que je compris que ces compliments dithyrambiques étaient destinés au bel adonis qui faisait office de maître-nageur…

Après quarante-cinq bonnes minutes d’une nage intense, façon petit canard. Je décidai d’aller promulguer un peu d’entrain à mes amis body-combattant qui me semblaient bien apathiques.

Placer pile au milieu du gros hublot qui faisait face au prof du nom de « Petit Nicolas » je me mis à enchainer mes arabesques avec brio.

Le prof s’arrêta un instant, montra son pouce sous forme d’admiration bien naturelle et mon groupe tout entier, fou de joie, se tourna dans ma direction pour terminer avec un dynamisme inaccoutumé, leur entrainement.

Le cours se termina sous mon impulsion et tous mes amis, bien entendu, terriblement essoufflés, sortirent de la salle pour me rejoindre.

-Pierre, me dit Mousse, je connais un super bon restaurant terriblement sympa qui n’est pas très loin d’ici. C’est là où nous irons ce soir !
-Oh Yes ti tize veri goude, peu apsse aille will ave petite pouding to take come gift for maille ze queen ! Compléta Bahram.
-Amoibonmiamiamavecmoijeresteraidansuncoin ! Précisa Meskerem en montrant un tibia où était collé une barbaque sanguinolente.

Nous empruntâmes tous, à la queue leu leu la petite ruelle qui nous emmenait vers cette auberge de rêve.

Manu, m’avoua se sentir un peu fatigué aujourd’hui, alors qu’il n’avait pratiqué que quatre heures de fitness ce jour.
Il se mit tout de même à marteler notre démarche par son compte habituel :
-Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit.

Stan sautillait son chemin, Ya ko line répertoriait le nombre de pas que nous avions à faire et mademoiselle Lapinou nous octroyait ses bruits de succions caractéristiques.

Le restaurant semblait sympathique, on choisit la plus grande table et chacun tira sa chaise dans un vacarme épouvantable.
La serveuse, un jolie noire arriva en courant :
-Non ne faites pas de bruit ! Soulevez vos chaises au lieu de les traîner.

En la voyant j’eu un peu peur et lançai immédiatement un regard affolé vers Meskerem qui s’était mise à humer l’air de ses narines grandes ouvertes :
-Noncépazunecongolaisemaisunewrandaise pas comestible ! Conclue-t-elle en Français.

Cette remarque prononcée, elle alla s’accroupir dans un coin reculé de la salle pour se délecter de son met favori dans un bruit de mastication avide.

Tous rassemblés autour de la table, l’ambiance était festive et agréable.
La serveuse nous proposa un plat varié contenant les spécialités de sa chef, une cuisinière Thaïlandaise.

Chacun prit un verre de sa boisson préférée et Mousse choisit une bouteille de vin qu’il affectionnait particulièrement.

Le plat qui nous fut servi pouvait facilement nourrir une personne de corpulence moyenne.

Alors, tous mes camarades s’extasièrent sur cette profusion de nourriture.

Connaissant leur frugalité, j’avais moi-même déjà manger et mon estomac dilaté ne criait pas famine.

Les yeux se firent glouton et Mousse lança les débats en plongeant sa main dans le tas de nouilles :
-On fait comme à la maison nous dit-il en enfournant le tout dans sa bouche grande ouverte.

Nous pâlîmes soudain et fûmes tous déjà certain que le reste des pattes ne ferait pas partie de notre repas.
Voyant notre réticence, Il retourna à la pêche une seconde fois et tendit galamment sa paluche, devant la bouche de Stan, qui pour faire bonne figure lui dit qu’elle préférait ces petites chips croustillantes qui animaient un côté du plat.

Elle en croqua deux de sa dentition parfaite et ses joues gonflèrent d’angoisse.
Elle réussit à marmonner :
  -Elles sont bonnes ses crevettes !

-C’n’est pas des crevettes ricana la serveuse qui nous écoutait, en vue de connaitre nos réactions. Ce sont des lamelles de peau de vessies de taureau.

Le visage de Stan vira au vert et elle plongea ses doigts dans l’antre de ses mâchoires pour en ressortir quatre longs poils noirs-brillants.

-On a dû mal les épiler précisa la Rwandaise de derrière son comptoir.

Bahram dont le goût pour la bonne cuisine était devenu très aléatoire depuis qu’il fréquentait les couloirs de Buckingham, s’extasia de la délicatesse des bouchées panées de couleur jaunâtre :
-Zis is marvoulousse, my ze Queen woud aimé this veri tou meuche, I ave tou demandé ze recette. It ize gélatinousse like comme que je love.

Je m’essayais à une rondelle panée.

Sa consistance spongieuse et sa saveur étrange me fit douter de sa composition.

-C’est du poisson, me dit Ya Ko Line qui semblait adorer sa texture.

-Du Panga! précisa la Rwandaise.

Je crachai discrètement le tout et jetai un rapide regard vers Manu pour apprécier son opinion.
Je fus surpris de le voir endormi sur sa chaise, ronflant son bonheur.
Nous fîmes tous un signe de silence dans le but de ne pas l’éveiller.
Enfin !
 Pour une fois !
Nous n’aurions pas à entendre ses bêtises…

Soudain un convive, d’une autre table s’étrangla et se mit à tousser avec véhémence. 
Tous nos regards inquiets compatirent avec son problème, quand, Manu, brutalement réveillé se leva, le visage purpurin, les poings en avant, et se mit à hurler des insultes au pauvre homme qui se trouvait pourtant dans la plus grande adversité :
-Nom de Dieu, mais tu la fermes où je vais te défoncer la gueule !

Oui, je ne vous l’avais jamais confié, mais Manu d’une gentillesse normalement habituelle, pouvait entrer dans une véritable furie sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi.

Le pauvre homme fila sans demander son reste.

Manu sourit, se rassit et se rendormit aussi vite.

Il ne restait qu’un petit nem au milieu du plat, entouré de quelques feuilles de salade.

Comme à l’habitude, tout le monde affirma en se frottant le ventre qu’ils étaient totalement repus et mademoiselle Lapinou regarda le bel endormi avec des yeux remplis de concupiscence, en pensant qu’une panne de courant pourrait être de bon augure.

La soirée touchait à sa fin.

-Mousse, tout en éructant sa fin de repas, ce qui nous donna un haussement de cœur et fit réagir Meskerem qui se mit à humer l’air « Céducongolaispeutêtre ? », affirma que la place était excellente et qu’il reviendrait avec tous ses copains de bureau.
Il est vrai que la bouteille qu’il avait éclusée ne lui permettait pas un jugement de la plus juste valeur.

Ya ko Line ouvrit son grand sac pour y entreposer le nem et les feuilles de salade restantes en affirmant que ça serait un dérivatif avantageux au repas des cinquante ouvriers de son oncle Chang, fabriquant émérite de Rolex.

Stan et Bahram avaient le ventre qui gargouillaient de borborismes très bruyant :
-Zis is comme i have waine I mange with my ze Queen !

Stan se mira dans son miroir en se barbouillant de fond de teint rosé pour faire disparaitre la couleur pâlotte qui recouvrait son visage.

 

Je me rendis à ma voiture, en empruntant l’épopée épique d’un bus genevois et me retrouvai sur le chemin du retour.


Je me sentais bien ! Heureux de cette soirée divertissante.

Me délectant des pensées de bonheur que la présence de mes amis sportifs m’avaient octroyées.

Pourtant.

Quelque chose me taraudait l’esprit.

Un questionnement qui m’interpellais et gâchais mon plaisir.


Une sorte de mal être, un manque certain.

 

-Merde, j’ai oublié de réveiller Manu !

 

Vive le body combat !

 


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